Voici un article paru dans le magazine Cerveau et Psycho n° 42 de Novembre/Décembre 2010, rédigé par Scott Lilienfeld et Hal Arkowitz – tous deux professeurs en psychologie.

 

Les animaux de compagnie soulagent le stress de leur maître et le réconfortent. En revanche, leur valeur thérapeutique n’est pas prouvée.

 

«Les animaux sont souvent considérés comme des compagnons fidèles et utiles, appréciés de leurs maîtres, ce qui a poussé les thérapeutes à étudier si les animaux de compagnie pouvaient être une aide thérapeutique dans certaines pathologies. Avec plus de 60 millions d’animaux de compagnie (chats, chiens, poissons, petits rongeurs), les Français seraient les premiers en Europe dans ce domaine. Aux États-Unis, 63 pour cent des foyers ont un ou plusieurs animaux de compagnie. Diverses études semblent montrer que les propriétaires de ces animaux tendent à être plus heureux que ceux qui n’en ont pas. Quant aux résultats qui indiquent une augmentation de la probabilité de survie après un infarctus chez les propriétaires d’un animal de compagnie, ils sont difficiles à interpréter, tant les paramètres pouvant avoir une influence sont nombreux. Ou bien il s’agit d’un réel effet de l’animal, ou bien le maître est naturellement moins stressé, ou bien il a un régime alimentaire mieux équilibré, et présente de ce fait moins de risques d’infarctus.
·
·
 

Des animaux contre le stress


 

 

Pour tester l’effet potentiel d’un animal, les chercheurs doivent faire des expériences où ils répartissent au hasard les participants dans des groupes à qui l’on confie (ou non) un animal de compagnie, soit en laboratoire, soit chez eux.
Les psychologues Karen Allen,de l’Université de Buffalo, et James Blascovich, de l’Université de Californie à Santa Barbara, et leurs collègues ont montré que la présence d’un animal de compagnie durant une tâche stressante (par exemple, résoudre un calcul mental compliqué) évite que la tension artérielle n’augmente. En revanche, la présence d’un ami est sans effet.

De surcroît, les résultats de K. Allen montrent que les traders, soumis à des stress importants et souvent hypertendus, à qui l’on confie un chien ou un chat ont une tension artérielle inférieure à celle des autres traders. Ces études suggèrent que la présence d’animaux de compagnie pourrait réduire le stress et la tension artérielle, même si l’on ignore pourquoi. Il semble admis par tous qu’un animal de compagnie apporte du réconfort dans les moments difficiles ou de grande solitude. Un sujet plus controversé est celui des « thérapies assistées par animaux », c’est-à-dire l’utilisation d’un animal comme un traitement en soi, ou comme un soutien lors d’un traitement, une psychothérapie, par exemple. Les animaux utilisés dans ce contexte sont très nombreux : chevaux, chiens, chats, lapins, oiseaux, hamsters et le plus connu, le dauphin. Les thérapies assistées par un animal sont utilisées, notamment aux États-Unis pour aider, par exemple, les personnes atteintes de schizophrénie, de troubles anxieux, d’hyperactivité avec trouble de l’attention, ou encore d’autisme.

Rendue populaire dans les années 1960 par le psychologue Boris Levinson, cette thérapie s’est rapidement répandue. Une étude publiée en 1973 par la psychologue Susan Rice et ses collègues de l’Université d’État de l’Oklahoma révélait que 21 pour cent des psychothérapeutes de l’Association américaine de psychologie intégraient un animal dans leurs traitements. 

On ignore si cette proportion a changé en 35 ans. Ce type de thérapie est-il efficace ? Pour com-mencer, il faut d’abord faire la différence entre deux utilisations de ces animaux : un usage récréatif et un usage thérapeutique. Les usages récréatifs ont pour seul objectif de distraire leur maître. Les avis divergent quant à l’effica- cité à long terme de la présence d’un animal de compagnie. Pour montrer que les animaux ont un réel intérêt thérapeutique, les psychologues doivent montrer que les animaux produisent des effets positifs à long terme sur la santé mentale des personnes traitées, pas simple- ment des modifications de courte durée de leur humeur, par exemple une sensation de relaxation ou de bien-être. L’animal qui a sans doute été le plus étudié est le dauphin, utilisé auprès des enfants autis- tes ou présentant des troubles du développe- ment. Cette thérapie est essentiellement prati- quée aux États-Unis, notamment en Floride et à Hawaii, mais aussi au Mexique, au Japon, en Russie, en Chine. Durant les séances de théra- pie, les enfants interagissent avec un dauphin en captivité et on leur demande d’accomplir quelques tâches simples, par exemple de placer des anneaux sur un support. Les dauphins « reforceraient » certains comportements des enfants. Certains sites consacrés à ce type de thérapie sont dithyrambiques sur les résultats qu’elle permet d’obtenir. Pourtant, nous nous interrogeons sur la validité des affirmations que l’on peut y lire.

·

·

Réconfort, mais pas de valeur

thérapeutique avérée


Avec le psychologue Lori Marino, de l’Uni-
versité Emory, nous avons examiné les résultats
concernant la thérapie assistée par animaux
dans deux articles de revue, l’un publié en 1998
et l’autre en 2007. Nous en avons conclu que la
méthode n’a pas d’efficacité avérée. Dans plu-
sieurs cas, les chercheurs ont juste montré que
les enfants qui suivaient une telle thérapie pré-
sentaient quelques améliorations dans certains
tests, par rapport aux enfants qui n’en bénéficiaient pas.
Une question se pose : ces améliorations sont-elles vraiment
dues au contact avec les animaux ? D’autres résultats ne peu-
vent permettre d’éliminer la possibilité qu’il
s’agisse seulement d’améliorations passagères
de l’humeur, mais en aucun cas d’une amélio-
ration des symptômes. Les études n’excluent
pas que des animaux autres que les dauphins,
voire de simples stimulus plaisants, produisent
les mêmes résultats.
Pourquoi nous préoccupons-nous de cette
thérapie assistée par animaux ? Après tout, si les
enfants apprécient et que les parents sont prêts
à payer, pourquoi nous en préoccuper ? Parce
qu’une thérapie inutile est un détournement
des fonds qui pourraient servir à rechercher des
traitements vraiment efficaces. Par ailleurs, cer-
taines de ces thérapies ne sont pas totalement
dépourvues de risques, quelques accidents
ayant été signalés lors des interactions avec les
dauphins. Enfin, il existe également un autre
coût à prendre en compte : celui concernant
l’animal lui-même, les animaux mourant en
captivité n’étant pas rares.
Ainsi, il est incontestable que beaucoup
d’animaux sont des compagnons précieux qui
peuvent nous réconforter à court terme. Il est
possible que les animaux de compagnie soient
d’un secours particulier pour les personnes
dépressives ou les enfants en carence affective
(même si ces deux aspects devront être validés).
En revanche, que des animaux, notamment des
dauphins, soulagent à long terme les symptô-
mes associés à des maladies telles que l’autisme
ou les troubles anxieux est une tout autre
affaire. Aujourd’hui, les résultats disponibles ne
permettent pas de l’affirmer.»
·
 

Bibliographie

 

 

L. Marino et S. Lilienfeld,

 

 

Dolphin-assisted
therapy : more flawed
data and more flawed
conclusions, in
Anthrozoös, vol. 20(3),
pp. 239-249, 2007.

 

 

K. Allen,

 

 

Are pets a
healthy pleasure ? The
influence of pets on
blood pressure, in
Current Directions in
Psychological Science,
vol. 12(6),
pp. 236-239, 2003.